Pourquoi « Jean Jaures » avec Dominik Richert? Parceque l’association « des amis de Jaurès » participe à diffuser le Témoignage de Dominique Richert pour son côté pacipiste.

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Le Chemin des Dames, histoire et mémoire

Sous-titrePar Rémy Cazals, professeur émérite en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès

La bataille du Chemin des Dames (16 avril – 24 octobre 1917) compte parmi celles des batailles de la Grande Guerre dont l’empreinte mémorielle est la plus prégnante. Rémy Cazals l’évoque à travers la présentation d’un ouvrage dont il a été l’un des contributeurs.  


Au XVIIIe siècle, le Chemin des Dames doit son nom au passage de très nobles personnes. Au tout début du XXIe, il a été parcouru, ainsi que les environs, par une équipe d’historiens venus connaitre le terrain en vue de la réalisation du livre collectif de vingt auteurs sous la direction de Nicolas Offenstadt, Le Chemin des Dames, de l’événement à la mémoire, paru en 2004 aux éditions Stock (en livre de poche en 2012 dans la collection Tempus des éditions Perrin).

Le livre a l’ambition d’aborder le sujet sous toutes ses facettes avec une très large ouverture sur les questionnements actuels de la science historique, et pas seulement puisqu’il donne aussi la parole à un romancier et au dynamique maire de Craonne, Noël Genteur, très attaché à ses origines familiales locales.

En mars 1914, on célébrait sur le Chemin des Dames le centenaire des succès militaires des jeunes recrues de Napoléon sur les troupes du tsar, et on leur élevait un monument près de la ferme d’Hurtebise. Quelques mois plus tard, le secteur allait devenir le terrain d’affrontements importants de la Première Guerre mondiale. D’abord en septembre et octobre 1914 : contraintes à un recul après la bataille de la Marne, les troupes allemandes se sont fixées sur les hauteurs de l’Aisne et n’ont pu en être délogées. Le front est resté à peu près stationnaire jusqu’au printemps de 1917, lorsque le Chemin des Dames a occupé la une de l’actualité.

Le 16 avril 1917, après la destitution de Joffre, Nivelle, nouveau général en chef des armées françaises, lance une offensive sur le Chemin des Dames, persuadé de l’efficacité de sa méthode. Son objectif est de réaliser enfin la percée des lignes ennemies qui apportera la victoire. D’autres généraux ne sont pas convaincus et critiquent le plan, mais Nivelle passe outre. Parmi les officiers et les soldats, les avis sont partagés. Certains pensent que la nouvelle tentative échouera comme toutes les précédentes et sera très coûteuse en vies humaines. Mais l’idée que cette ultime offensive pourrait entraîner la fin de la guerre détestée nourrit bien des illusions.

Le soir même du 16 avril, les combattants ont compris qu’il s’agissait d’un nouvel échec. Les causes en sont multiples : carence de l’aviation ; préparatifs trop visibles par l’ennemi ; défenses allemandes insuffisamment détruites par l’artillerie malgré un « déluge de fer et de feu » sans précédent ; intempéries rendant l’assaut des pentes impraticable sous la neige et dans la boue. Les historiens des années 2000 ont pu s’en rendre compte par ce que l’on pourrait appeler des exercices pratiques sur le terrain. Lancés pour la première fois au combat à Berry-au-Bac, les chars français ont été détruits aux deux-tiers.

Le livre décrit les souffrances des combattants. Il donne notamment la parole à l’un d’entre eux, Paul Clerfeuille, qui apporte son témoignage du 18 février au 22 avril. Les chiffres des pertes considérables sont difficiles à établir car tout dépend de la durée prise en compte. En quinze jours, 100 000 hommes auraient été mis hors de combat. L’afflux des blessés dépasse les capacités du service de santé, et l’évacuation des plus atteints vers l’arrière est mal organisée. Le chapitre rédigé par Antoine Prost est intitulé « Le désastre sanitaire du Chemin des Dames ».

Malgré la censure, des critiques de l’offensive passent dans les journaux. Le général Nivelle est limogé et remplacé par Pétain. Les soldats voient ainsi leurs propres sentiments confirmés. C’est aussi le moment où les échos de la révolution en Russie sont bien présents. Ils sont perçus directement par les unités russes envoyées en France, et servent d’exemple à imiter. Le caporal Barthas le souligne, abasourdi par « l’écroulement de cet empire séculaire des tzars ». Ce caporal, dans la vie civile simple artisan d’un village audois, a bien montré le rapport entre les troubles dans l’armée française et « l’échec douloureux de l’offensive du Chemin des Dames qui n’avait eu pour résultat qu’une effroyable hécatombe » et « la perspective de longs mois encore de guerre dont la décision était très douteuse » (Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier). Dans le livre collectif sur le Chemin des Dames, la question des mutineries est traitée par André Loez, qui insiste sur ce point : « Ce sont les anticipations de victoire et de percée qui donnent son étendue au désastre. » Le 11 novembre 1998, à Craonne, au pied du plateau, Lionel Jospin, alors Premier ministre, a proposé que les mutins, soldats soumis à d’effroyables conditions de vie, soient réintégrés dans la mémoire nationale et républicaine.

Le livre, sous-titré « De l’événement à la mémoire » accorde une large place à ce qui reste aujourd’hui de la bataille sur le terrain et dans la mémoire collective. Les immenses cimetières militaires ne sont pas les seuls témoins. Divers types de monuments les complètent : stèles individuelles voulues par les familles (le soldat Trochu, le lieutenant Hirsch) ; évocations à la gloire d’unités (8e et 208e régiments d’infanterie, par exemple) ou de catégories (les fusiliers marins, les crapouillots au moulin de Laffaux, les chars d’assaut). L’imposant monument dit « des Basques »  a été érigé en l’honneur de la 38e division d’infanterie venue du Sud-Ouest ; il représente un civil coiffé d’un béret basque, qui tourne le dos à la ligne de front.  La sculpture de Haïm Kern à la mémoire des soldats morts a pour titre « Ils n’ont pas choisi leur sépulture ». D’abord implantée sur le plateau de Californie au-dessus de Craonne, victime de vandalisme, elle a dû être reconstituée près de l’espace muséographique de la Caverne du Dragon où se trouvent aussi des statues évoquant les combattants venus des colonies (dans le livre collectif, un chapitre rend compte de la participation des Kanaks). Quelques monuments en rapport avec des troupes étrangères existent aussi, notamment allemands.
Paysans et promeneurs retrouvent certains réseaux de tranchées, des blocs de béton, des supports de fil de fer barbelé en forme de queue de cochon. Si la charrue déterre un obus non éclaté, il faut le prendre avec précaution, le déposer au bord de la route et alerter les services de déminage. Des accidents arrivent parfois, cent ans après.

Monumens des Basques (Craonelle). Non daté. © Archives départementales de l'Aisne. Référence AD02-2 FI Craonelle 13.
Monument des Basques (Craonelle). Non daté. 
© Archives départementales de l’Aisne. Référence AD02-2 FI Craonelle 13.

Le Chemin des Dames a sa place dans l’historiographie française et allemande.  Parmi les œuvres littéraires, citons le poème d’Aragon qui évoque le fameux moulin situé à l’extrémité occidentale du Chemin :

« Créneaux de la mémoire ici nous accoudâmes
Nos désirs de vingt ans au ciel en porte-à-faux
Ce n’était pas l’amour mais le Chemin des Dames
Voyageur souviens-toi du moulin de Laffaux. »

À l’autre extrémité du Chemin, le souvenir du village de Craonne reste dans la chanson de révolte contre « cette guerre infâme » : 

« C’est à Craonne sur le plateau
Qu’il faut laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés. »

Sur la musique d’une chanson d’amour d’avant 1914, les paroles contestataires datent de 1915 (« C’est à Lorette sur le plateau… »), mais la popularité de la Chanson devenue de Craonne est en rapport direct avec l’échec de l’offensive Nivelle et les mutineries du printemps et de l’été 1917. Le 22 mai, Louis Barthas écrivait : « Un soir un caporal chanta des paroles de révolte contre la triste vie de tranchée, de plainte, d’adieu pour les êtres chers qu’on ne reverrait peut-être plus, de colère contre les auteurs responsables de cette guerre infâme, et les riches embusqués qui laissaient battre ceux qui n’avaient rien à défendre. »

Plusieurs chapitres de l’ouvrage décrivent les problèmes de l’après-guerre : le retour des évacuées ne retrouvant que des ruines ; les chantiers employant une forte population étrangère ; la reconstruction des maisons, des églises, des mairies. Le village de Craonne a été rasé et son emplacement classé en zone rouge, c’est-à-dire non récupérable pour les activités humaines. Il est reconstruit à quelques centaines de mètres. L’imposant bâtiment, qui est la mairie actuelle, a pu être élevé grâce à des sommes venant de Suède (des Suédois avaient combattu sur le Chemin des Dames dans l’armée française). Au-dessus des bureaux, une vaste salle abrite les spectacles variés en rapport avec les événements de 1914-1918. Les auteurs du livre collectif et de nombreux autres historiens ont animé plusieurs colloques universitaires internationaux.

Le Conseil départemental de l’Aisne a soutenu toutes ces activités. Il a publié une revue, La lettre du Chemin des Dames, et deux ouvrages spéciaux portant sur les années 1917 et 1918. L’ensemble constitue une importante ressource documentaire (témoignages écrits ou photographiques). La Caverne du Dragon est une « creute », ancienne champignonnière et carrière, où les soldats se mettaient à l’abri pendant la guerre. Elle a deux orifices et, à un moment, les Allemands en occupaient la partie Nord, et les Français la partie Sud. C’est aujourd’hui un musée très intéressant et très fréquenté.
La participation collective au livre dirigé par Nicolas Offenstadt et la convivialité exemplaire sur le terrain ont conduit à la création du CRID 14-18, le collectif de recherche internationale et de débat sur l’histoire de la Première Guerre mondiale (six membres du CRID 14-18 ont fait partie du conseil scientifique de la Mission du centenaire). Le siège de cette association a été fixé à Craonne, où elle a organisé plusieurs colloques qui ont été publiés. Deux dates particulièrement sont à retenir : le 11 novembre et surtout le 16 avril, journée commencée dès 5 heures du matin par une marche en direction du plateau et guidée par Noël Genteur, qui fut longtemps maire de Craonne.

Par Rémy Cazals, professeur émérite en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès.

Publié le 23 février 2026.

[Publications] – Écrire… Publier… Réflexions sur les témoignages de 1914-1918Edhisto, 2025. 

[Lien] – Davantage d’informations touristiques sur les lieux du site du Chemin des Dames, sur le site internet du Chemin des Dames, Caverne du Dragon et mémorial virtuel.

Décembre 1915 – décembre 2015. Dresser un monument des fraternisations

Sous-titrePar Rémy Cazals, professeur émérite en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès

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Inscription « monument des fraternisations » sur un mur du site. © Isabelle Pilarowski.

Inscription « monument des fraternisations » sur un mur du site. © Isabelle Pilarowski.

La mémoire des fraternisations de Noël 1914 entre soldats ennemis a donné lieu à l’édification d’un monument à Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais. Rémy Cazals nous en retrace l’histoire.

Corps 1

Pendant la Première Guerre mondiale, le phénomène des trêves et fraternisations entre soldats ennemis est resté longtemps mal connu du côté français, faute de documents en nombre suffisant. Certains historiens en arrivaient à nier son importance. Au Royaume-Uni, il existait la recherche approfondie de Tony Ashworth, Trench Warfare 1914-1918, The Live and Let Live System, publiée en 1980 puis en collection de poche en 2000.

Deux sources françaises permettent actuellement d’aborder ce sujet. C’est d’abord l’ouverture des archives de la guerre de 1914-1918 au Service historique de la Défense, au château de Vincennes. Les rapports des censeurs affectés au contrôle des correspondances de soldats ont révélé de très nombreux cas permettant d’établir une typologie des trêves et fraternisations et montrant que le système exposé par Tony Ashworth se retrouvait dans les documents français. On peut s’étonner de situations telles que celles qui font écrire aux poilus à propos des mines : « Ça se passe en famille avec les Boches. À chaque fois que l’on fait sauter les uns ou les autres, on s’avertit, ce qui évite la mort à beaucoup d’entre nous. » « Avec les Boches, nous sommes de vrais camarades », écrit un fantassin ; et un autre : « Des deux côtés pareil, l’on se disait bonjour et tous camarades. » Il ne s’agit évidemment pas ici de nier la violence des combats, mais de constater que des situations de trêve ont réellement existé. Les censeurs, chargés de repérer les contestations des normes de la guerre, notent de nombreux récits de trêves et fraternisations. Encore faut-il remarquer que cette source est fort incomplète. D’une part, les contrôles n’étaient que des sondages très partiels et la grande majorité des lettres leur échappaient ; d’autre part, connaissant les thèmes proscrits par la censure, les poilus n’écrivaient pas tout ce qu’ils voyaient et annonçaient à leur famille : « Des choses surprenantes se sont passées avec les Boches. Je vous le raconterai quand je viendrai en permission. »

La deuxième source apparait dans les dernières décennies du XXe siècle avec la découverte et la fréquente publication des carnets de combattants des premières lignes, ceux qui vivaient à proximité des tranchées allemandes et qui pouvaient constater tous les jours la similitude des situations : vivre dans la boue, subir les bombardements provenant parfois de l’artillerie amie. Lorsqu’ils sortaient à découvert lors d’une fraternisation, les soldats des deux camps voyaient en face d’eux des blocs de boue qui leur ressemblaient comme des frères. Ignorant du chemin vers les maisons d’édition, ces hommes du peuple n’ont pas publié leurs notes manuscrites de leur vivant. Mais leurs descendants ont su le faire plusieurs années après.

Enfin, les historiens auraient pu constater plus tôt que les ordres réitérés de ne pas fraterniser, lancés par les généraux, montraient en creux la persistance du phénomène. Un de ces ordres mérite d’être cité ici, celui du général de Villaret, en date du 8 janvier 1916. Après avoir vivement condamné la participation inadmissible des soldats français à des fraternisations « avec un ennemi dont les crimes ont souillé une grande partie du sol national », le général adressait à ses subalternes les indications suivantes : « Dans leurs instructions aux troupes, ils n’auront pas, bien entendu, à entrer dans le détail des diverses formes que peut revêtir la violation du devoir militaire ; un tel exposé pourrait donner, à des hommes n’y ayant pas encore songé, l’idée trop précise de ce qu’il ne faut pas faire. »Portrait de Louis Barthas. ©DR.

Portrait de Louis Barthas. 
©DR.

Sur ces questions, les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, livre publié par François Maspero en 1978 et constamment réédité depuis, apporte beaucoup. Sa description de la trêve de Noël 1914 est brève car le caporal audois ne se trouvait alors qu’en deuxième ligne : « Il se passait en première ligne quelque chose d’anormal, on entendait des chants, des clameurs, de nombreuses fusées furent lancées de part et d’autre, mais pas de fusillade. »

Barthas fournit ensuite une typologie complète : trêves tacites pendant lesquelles personne ne tire ; trêves formalisées quand les ennemis ont réussi à se mettre d’accord malgré la différence de langue ; tirs pour faire du bruit et satisfaire les chefs ; mines dont l’horaire d’explosion est connu en face ; véritables fraternisations dans le no man’s land avec échanges de poignées de mains et de divers produits, cigarettes, pain, vin ou gnole.

Une des plus belles pages des carnets de Barthas décrit une fraternisation en Artois, près de Neuville-Saint-Vaast, à la mi-décembre 1915. Il a plu pendant des jours, les tranchées sont inondées, les abris s’effondrent. Le 10 décembre, elles deviennent intenables, il faut sortir à découvert. En face, les Allemands doivent faire de même. Mais la fraternisation n’est pas une évidence. Les uns et les autres restent méfiants. On se regarde ; personne ne tire. Les deux groupes se rapprochent et finissent par se congratuler. Barthas écrit : « Français et Allemands se regardèrent, virent qu’ils étaient des hommes tous pareils. Ils se sourirent, des propos s’échangèrent, des mains se tendirent et s’étreignirent, on se partagea le tabac, un quart de jus ou de pinard. » La trêve est finalement brisée par les grands chefs avec la menace de faire tirer l’artillerie sur les rassemblements.

Barthas conclut son récit par cet appel : « Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté. »

Le texte du caporal est resté longtemps manuscrit sur 19 cahiers d’écolier.  Son édition intégrale en 1978 a permis de le faire connaitre à un très large public. Le livre a été repris en format de poche et en récit graphique aux éditions La Découverte. Il est traduit en anglais, en espagnol, en néerlandais. Son tirage a dépassé les 150 000 exemplaires. Le message de Barthas a été largement entendu.

Le 11 novembre 1992, Marie-Christine Blandin, présidente de la région Nord-Pas-de-Calais, a relayé l’appel de Barthas dans un discours prononcé à Neuville-Saint-Vaast, sous les frimas, en concluant : « Eh bien, ce monument, je vous propose de commencer à l’édifier ici-même, sur ce sol où, il y a soixante dix sept ans, l’espace de quelques courtes heures, l’humanité a triomphé de la bêtise. La vie l’a emporté sur la mort. ». C’était encore trop tôt pour réussir, mais l’idée faisait son chemin malgré les oppositions.

En 2005, le film de Christian Carion Joyeux Noël sortait sur les écrans et obtenait un vif succès international. Le thème était celui de la trêve la plus célèbre, celle de Noël 1914, rassemblant des éléments britanniques, français et allemands. Mais la documentation collectée à propos d’autres épisodes, notamment celui de décembre 1915, éclairait le réalisateur en décrivant sentiments et attitudes des soldats de la grande Guerre. Le film était l’élément spectaculaire d’une opération plus large comportant la publication par les éditions Perrin du livre collectif Frères de tranchées. Dans cet ouvrage, l’historien anglais Malcolm Brown signait le chapitre sur les trêves de Noël 1914 ; l’historien français Rémy Cazals apportait enfin une documentation sérieuse sur les épisodes impliquant des Français face aux Allemands ; l’historien allemand Olaf Mueller traitait des Italiens, des Autrichiens et des Allemands ; avec un chapitre intitulé « Russie : fraternisations et révolution », Marc Ferro évoquait le front russe. Le livre sortait en collection de poche en 2006, en anglais en 2007. Un match de football réunissant des joueurs de plusieurs pays avait lieu sur le terrain de sport de Neuville-Saint-Vaast pour rappeler ceux qui avaient réuni des soldats écossais et bavarois en décembre 1914 et qui sont décrits ainsi par Malcolm Brown : « Le plus souvent, ces matchs ressemblaient à de vastes mêlées auxquelles prenait part quiconque voulait taper dans le ballon. » Les efforts des cinéastes Christian Carion et Bertrand Tavernier n’aboutirent cependant pas encore à l’édification du monument.

Enfin, le 17 décembre 2015, juste cent ans après l’appel de Louis Barthas, le président de la République, François Hollande, pouvait inaugurer le monument situé à proximité des cimetières militaires français, allemand et britannique de Neuville-Saint-Vaast. Des silhouettes grandeur nature sur verre teinté évoquent les trois armées ; un ballon rappelle les « matchs » de football. À Neuville-Saint-Vaast en décembre 1915, seuls des Allemands et des Français avaient fraternisé. Si les Britanniques sont représentés, c’est que le monument est entendu comme une synthèse de l’ensemble du phénomène des trêves et fraternisations. 

Chaque année, une manifestation a lieu autour du monument de Neuville-Saint-Vaast ; elle a été particulièrement marquante pour le dixième anniversaire, en 2025. Pendant ce temps, chaque nouvelle découverte de témoignage de combattant de première ligne augmente le nombre de cas répertoriés (voir le dictionnaire des témoins en ligne sur le site du CRID 14-18).

Un autre monument a été élevé à Peyriac-Minervois, le village de Louis Barthas. Il célèbre à la fois le tonnelier local, caporal d’infanterie, devenu un véritable écrivain, et la paix entre les peuples.

Rémy Cazals, professeur émérite en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès.
Publié le 10 février 2026.
 

L’assassinat de Jaurès

durée : 00:48:10 – Affaires sensibles – par : Fabrice Drouelle, Franck COGNARD – Aujourd’hui, dans Affaires Sensibles : L’assassinat de Jaurès – réalisé par : Stéphane COSME Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les autres épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.

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Jaures enfant du midi 

Le voyage de Jean Jaurès en Amérique.mp4

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